Le Stade Vélodrome

Un stade devenu emblème populaire

Le stade Vélodrome occupe une place singulière dans le paysage marseillais. Au delà de son rôle d'enceinte sportive, il est perçu comme un véritable monument de la ville, un lieu de vie où se mêlent générations, origines et milieux sociaux. La charge symbolique qui entoure ce stade se rapproche de celle d'autres enceintes mythiques du football européen, comme le Camp Nou ou Old Trafford, avec une dimension affective très marquée chez les habitants.

Dans l'imaginaire collectif, le Vélodrome reste intimement lié à l'Olympique de Marseille. Les grandes soirées européennes, les titres nationaux, les relégations, les périodes fastes et les années plus difficiles ont façonné une mémoire commune. Les tribunes, les virages et leurs groupes de supporters structurent ce rapport au stade, au point que la visite du Vélodrome s'inscrit désormais au même niveau que d'autres sites emblématiques de la ville.

Des origines olympiques à la vocation footballistique

À l'origine, le projet ne se limite pas au football. La municipalité envisage dans les années trente un grand stade olympique polyvalent, avec piste d'athlétisme et anneau cycliste. Les architectes Pollack et Ploquin conçoivent une enceinte capable d'accueillir plusieurs disciplines, complétée par un palais des sports. Le chantier débute en 1935 et s'achève en un peu plus de deux ans.

L'inauguration, au mois de juin 1937, prend la forme d'une grande fête sportive. Un meeting d'athlétisme et une course cycliste précèdent une rencontre de gala entre l'Olympique de Marseille, fraîchement sacré champion, et le Torino. Devant des tribunes pleines, l'OM s'impose et inscrit les premiers buts de l'histoire du stade. Quelques mois plus tard, l'enceinte accueille des matches de la Coupe du monde, ce qui contribue à installer durablement son image dans le paysage du football.

Un lieu dédié au sport et aux grandes manifestations

Le Vélodrome ne se limite pas au ballon rond. Pendant plusieurs décennies, le cyclisme occupe une place dominante, avec des championnats et de grands prix fréquentés. L'athlétisme connaît également de riches heures dans les années cinquante et soixante, avec des meetings qui réunissent de nombreux spectateurs. Des combats de boxe ont lieu au pied des tribunes, des courses de motos ou de lévriers se tiennent sur la piste, tandis que d'autres disciplines comme le basket ou la pétanque s'invitent ponctuellement dans l'enceinte.

Plus récemment, le rugby à XV y trouve un cadre privilégié pour certains matches internationaux ou rencontres de club. Le stade se transforme aussi régulièrement en salle de concert à ciel ouvert pour accueillir de grandes tournées. Cette capacité à changer de configuration renforce son statut d'équipement majeur, capable de rassembler un public très large autour d'événements sportifs ou culturels.

Une architecture en constante évolution

Au fil des décennies, le stade connaît plusieurs phases de transformation. Les tribunes portent des noms liés à des figures marseillaises ou à l'histoire locale, comme Jean Bouin, Gustave Ganay, le Chevalier Roze ou Raymond Grassie. Le virage nord est renommé en hommage à Patrice de Peretti, supporteur emblématique. Chaque évolution architecturale s'accompagne d'un ajustement des capacités et des usages, sans rompre le lien affectif avec les habitués.

Une étape décisive intervient lorsque la capacité est portée à environ soixante mille places pour répondre aux exigences des grandes compétitions internationales. L'enceinte devient alors l'un des stades les plus importants du pays, avec une visibilité étudiée depuis l'ensemble des tribunes et une organisation plus moderne des flux de spectateurs. Les contraintes climatiques, en particulier le mistral et la pluie, demeurent cependant une limite tant que le stade reste ouvert.

La grande rénovation et la naissance de l'enceinte couverte

Au début des années 2010, un vaste programme de rénovation est lancé afin d'adapter le stade aux standards les plus élevés des compétitions européennes. L'objectif consiste à créer une enceinte dédiée au football, intégralement couverte, dotée de nombreux espaces d'accueil et d'une capacité portée à un peu plus de soixante sept mille places. La charpente métallique de la toiture, spectaculaire par ses dimensions et sa portée, redessine complètement la silhouette du Vélodrome et devient l'un de ses signes distinctifs.

Les virages sont reconfigurés, les tribunes latérales reconstruites ou modernisées, les circulations intérieures repensées. Les loges, salons et espaces hospitalités se multiplient pour répondre aux exigences d'un classement au plus haut niveau des normes européennes. Les conditions d'accueil des médias, des équipes et des officiels sont mises au niveau requis pour les grandes compétitions internationales, ce qui permet d'organiser des matches du plus haut niveau.

Un quartier en mutation autour du stade

La rénovation du Vélodrome s'accompagne d'une transformation plus large de son environnement urbain. Le projet intègre des surfaces commerciales, des hôtels, des bureaux et des logements, ainsi que la modernisation des équipements sportifs voisins, notamment le stade dédié au rugby. L'ensemble forme un pôle d'activités qui dépasse le simple cadre des jours de match et se prolonge dans la vie quotidienne du quartier.

Ce mouvement s'inscrit dans une dynamique plus générale de requalification des grands espaces publics de la ville. Le stade, longtemps perçu comme un équipement isolé, devient le cœur d'un ensemble plus vaste qui mêle sport, loisirs, services et hospitalité. L'image de marque associée au nom commercial de l'enceinte s'ajoute à l'ancrage historique du Vélodrome, sans effacer le nom traditionnel utilisé par la population.

Un lien durable avec l'Olympique de Marseille

Pour le club, le stade représente bien plus qu'un terrain de jeu. Il constitue un repère identitaire, le lieu où se construit la relation avec le public et où se façonnent les grandes pages de l'histoire sportive. Les soirées européennes, les titres nationaux, les exploits individuels et les désillusions collectives s'y inscrivent comme autant d'épisodes partagés, transmis de génération en génération.

Les groupes de supporters, installés de longue date dans les virages, structurent la vie du stade par leurs chants, leurs animations visuelles et leur présence régulière. L'acoustique modifiée par la couverture renforce encore cette ambiance, souvent considérée comme l'une des plus marquantes du football. Dans cette enceinte, le temps long de l'histoire du club se mêle à la ferveur de chaque rencontre, ce qui entretient la place singulière du Vélodrome dans le paysage sportif et affectif de la ville.